Nathalie Crutzen: La ville de demain sera « smart »

© HEC Liège

Il y a vingt ans, de grands réalisateurs hollywoodiens imaginaient la ville du futur: une oasis technologique, peuplée de robots intelligents et de voitures volantes. Même si, aujourd’hui, ces visions ne s’avèrent plus si utopiques que cela, c’est surtout le concept de Smart City qui semble apparaître comme l’idéal à atteindre pour nos villes.

Bien qu’en Belgique, nous soyons loin de la ville futuriste et hyper connectée imaginée à Songdo (Corée du Sud), c’est un fait: la révolution numérique est bien en cours. Un peu partout dans le monde, les villes s’équipent de fibre optique, de wifi, de capteurs et développent des applications pour le citoyen, tous ces services reposant sur la collecte et l’exploitation de données numériques.

Mais si les technologies sont aujourd’hui incontournables, elles doivent avant tout rester au service de l’homme et de ses préoccupations. Au Smart City Institute (SCI), nous ne les considérons donc pas comme une fin en soi, mais plutôt comme un moyen pour développer des villes où il fait bon vivre.

Car l’objectif principal d’une Smart City, ne l’oublions pas, est d’apporter une réponse aux défis sociétaux de notre époque – augmentation du nombre d’urbains, vieillissement de la population, dérèglement climatique, révolution digitale, globalisation, crise alimentaire… – au travers de stratégies et de projets durables, en faisant appel à l’intelligence collective pour mobiliser tous les acteurs urbains.

La Smart City est encore trop souvent assimilée au côté « techno » et moins à des objectifs de durabilité.

Dans la ville du futur, ces nouvelles solutions viseront à adapter et réinventer nos comportements: la façon de nous déplacer, de transporter des marchandises, de valoriser les déchets, de produire de la nourriture… C’est pourquoi sa gestion et sa transformation font nécessairement appel à de nombreuses disciplines: urbanisme, ingénierie, sciences politiques, sociales ou environnementales… Au SCI, bien que nous abordions essentiellement l’angle managérial de la question, nous développons nos recherches dans diverses thématiques (monitoring, gouvernance, stratégie…), ainsi que des collaborations avec plusieurs centres de recherche aux compétences diverses (agriculture urbaine, urbanisme, informatique, électromécanique…).

En ce qui concerne la Belgique, d’après notre baromètre des Smart Cities réalisé en février 2017, nous constatons que la plupart des communes considèrent encore la Smart City principalement comme un défi technologique. Ce qui démontre que la Smart City, à défaut, est encore trop souvent assimilée au côté « techno » et moins à des objectifs de durabilité, ainsi qu’une certaine méconnaissance du concept au sein des administrations.

Néanmoins, on retient qu’en Belgique, deux tiers des communes se sentent concernées par le phénomène, et que 17 % des répondantes projettent d’établir une stratégie « Smart City ». Des initiatives certes encore timides, mais Nathalie Crutzen rassure: « Je suis convaincue que le phénomène Smart City n’est pas qu’une tendance, mais bien une véritable lame de fond qui va fondamentalement changer la vie de nos territoires. »

Texte Nathalie Crutzen Professeur et directrice du Smart City Institute