Céline Vanderborght: Les villes sont les acteurs du futur

©Thomas Schurmans

La population mondiale est de plus en plus connectée et urbaine. Les Smart Cities permettent de transformer cette évolution en une opportunité pour le bien-être des citoyens. Céline Vanderborght, Smart City Manager de la Région de Bruxelles-Capitale, fait le point.

Une « Smart City », qu’est-ce que c’est?
« Il existe plusieurs définitions, mais on peut établir un concept général: il s’agit de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour améliorer le fonctionnement de la ville et la qualité de vie des citoyens. Il s’agit généralement de projets innovants et transversaux. Il y a également le côté multi-acteurs: toutes les parties, le public, les entreprises privées, les chercheurs, les citoyens, ont un degré d’implication très fort. Le citoyen peut proposer lui-même des services à la ville. »

Quels facteurs ont favorisé l’émergence de la Smart City?
« 2008 est une année charnière. Cette année-là, le nombre de connexions internet sur appareils mobiles a dépassé celles sur appareils fixes. Depuis lors, le nombre d’objets connectés est plus élevé que celui de personnes connectées et plus de la moitié de la population habite dans les villes. Tous ces éléments ont créé un nouveau paradigme. Certaines problématiques qui étaient auparavant gérées au niveau national le sont maintenant au niveau des régions urbaines, comme l’urbanisme, la mobilité et la pollution. Les villes sont les acteurs du futur. Les citoyens sont devenus nomades, de plus en plus de data sont générées, on appelle ça les “big data”. Dans le même temps, les capacités de calcul et de stockage ont fortement évolué. On arrive à gérer cette masse de données et à en tirer de l’intelligence. »

Avez-vous des exemples concrets d’application dans le cadre de la Smart City?
« En collaboration avec Bruxelles Mobilité et les 19 communes de Bruxelles, nous avons lancé le projet “Fix my street”. Si un citoyen constate un problème de voirie, il/elle se connecte à l’application, prend une photo géolocalisée, et décrit le problème. Le message est ensuite transféré à l’administration en charge. Après avoir notifié le problème, le citoyen est averti quand le problème est réparé. Il peut voir également tous les projets en cours dans son quartier. C’est un système aussi bénéfique pour les communes, qui peuvent ainsi gérer leurs réparations. C’est donnant-donnant: le citoyen aime son quartier et le connaît bien et cette connaissance est mise à disposition des communes pour les aider dans leur travail quotidien. Dans une Smart City, le citoyen n’est pas un simple consommateur d’informations, mais aussi producteur. »

Quels sont les avantages d’une Smart City?
« On va utiliser toutes ces nouvelles technologies pour apporter un meilleur service aux citoyens. L’objectif est d’atteindre une durabilité, un meilleur usage des ressources, d’augmenter l’efficacité, et de diminuer l’impact sur l’environnement. L’open data permet de mettre à la disposition de tous des données anonymisées pour que chacun puisse s’en saisir et y ajouter de la valeur. Cela peut être un citoyen qui veut avoir des données sur sa commune ou une start-up qui veut lancer une app de mobilité intelligente, par exemple. La Low Emission Zone (LEZ) est mise en place grâce à des caméras intelligentes, qui lisent les plaques d’immatriculation, ce qui va nous permettre de diminuer la pollution de l’air au profit de tous les Bruxellois. »

Quels sont les obstacles à la mise en place d’une Smart City?
« Il y a tout d’abord l’aspect de l’innovation technologique: tout évolue si rapidement que même les personnes qui sont actives sur certains projets smart, sont dépassées. La fonction publique travaille sur le long terme, et, on se retrouve à devoir être plus agile, c’est un sacré défi. On n’est par ailleurs pas encore dans le tout digital: quand on met en place des projets Smart City, on ouvre parfois des rues, on met des poteaux, on installe des caméras, c’est du concret! Ensuite, une multitude d’acteurs publics et privés est impliquée dans un projet Smart City: des start-up, asbl, citoyens, administration publique… Cela implique qu’il faut déterminer le rôle des uns et des autres. Qui va payer? Qui va décider? Quels types de solutions va-t-on utiliser? Coordonner tout ça est assez complexe. »

©Thomas Schurmans

Dans une Smart City, le citoyen n’est pas un simple consommateur d’informations, mais aussi producteur.

Quelle place la jeune génération occupe-t-elle?
« La jeune génération a plein d’idées et propose énormément de projets positifs. Ce n’est pas toujours évident de se lancer avec des start-up, car les services publics ont plus l’habitude de fonctionner avec des acteurs déjà établis. La participation avec les citoyens à une telle échelle demande une forte réactivité. Toutes ces start-up, asbl, meet-up créent une énergie positive qu’on aimerait bien intégrer dans la Smart City. Il faut vraiment que les administrations s’ouvrent à ces acteurs. L’idée, c’est d’arriver à mettre en place le concept de “the city as a platform”: parvenir à concilier les idées des citoyens et des start-up  avec une standardisation des normes et des plateformes au niveau public. »

Comment se développe le concept de Smart City en Europe?
« Dans le cadre du réseau Eurocities, de nombreux séminaires sont organisés où on rencontre les autres villes européennes. On y échange des informations de manière transparente, c’est vraiment intéressant, car ce sont des échanges organisés par les villes pour les villes. Nous avons toutes des problématiques communes. On sent que les villes européennes ont vraiment une carte à jouer. Chaque ville a par ailleurs sa spécialité: Vienne est par exemple très orientée sur le côté humain, l’inclusion des femmes et des personnes âgées. À Londres, on se concentre sur l’open data. Amsterdam propose de nombreux projets sur l’énergie. Lyon est forte en mobilité… »

Et Bruxelles?
« Bruxelles est l’une des rares régions à avoir un centre informatique public (le CIRB) en service depuis 30 ans, on ne partait donc pas de rien. La Région bruxelloise se positionne pas mal sur l’écosystème jeune et start-up. On a des populations mixtes, il y a par exemple les institutions européennes et à côté des populations très jeunes qu’on essaie de motiver à se former aux nouvelles technologies. Il y a un fort tissu de PME et de start-up. Il y a encore un fort potentiel à exploiter! »

SMART FACT.

Si vous n’étiez pas Smart City Manager, que feriez-vous?
« J’ai toujours aimé la mobilité. En 1998, j’ai réalisé mon mémoire de fin d’études sur le car-sharing, alors qu’aucune initiative de ce genre n’existait encore en Belgique. Les voitures personnelles sont le plus grand problème de mobilité quand on sait qu’un automobiliste laisse 90 % du temps sa voiture garée sur un trottoir. J’aurais donc une fonction pour améliorer la mobilité en ville. »

Texte Aubry Touriel