Quand nos enfants manquent d’air à l’école

Dans une grande majorité de nos écoles, la qualité de l’air serait médiocre. C’est en tout cas ce que révélait Greenpeace en mars dernier. Un problème aux conséquences inquiétantes qu’il s’agirait d’endiguer par des comportements et des mesures adéquats.

L’information avait de quoi inquiéter. Vos enfants inhaleraient de l’air pollué durant toute une journée à l’école. C’est en tout cas, ce que Greenpeace présentait en mars dernier dans une étude effectuée devant 222 écoles. Pas moins de 61 % d’entre elles (64 % en Flandre, 19 % en Wallonie et 17 % à Bruxelles) présentaient une qualité inquiétante ou mauvaise. Le responsable? Le dioxyde d’azote (NO2) émis par le trafic à proximité des infrastructures scolaires.

Cibler les enfants des écoles pour développer son étude n’était pas anodin pour Greenpeace. Il faut dire que la fragilité de ceux-ci face au dioxyde d’azote est particulièrement problématique. « Une exposition pendant la petite enfance peut avoir des conséquences pour toute la vie! », explique Catherine Bouland, directrice du centre de recherche en santé environnementale de l’École de Santé Publique de l’ULB. « Cela peut notamment causer une mauvaise maturation des poumons, une fragilité aux infections, des bronchites chroniques, sans parler des risques de cancer ou de problèmes cardiovasculaires plus tard. » Selon les experts, on aurait également constaté une différence de QI entre les enfants exposés massivement au NO2 et ceux l’étant moins.

Accompagner son enfant à l’école à vélo, en tram ou à pied est meilleur pour sa santé mais aussi pour la santé des autres enfants puisque cela diminue
la pollution de l’air.

— Nathalie Guilmin, porte-parole de Bruxelles Environnement

« Ceci dit, ne regarder que la pollution de l’air aux abords des écoles est assez réducteur », explique Nathalie Guilmin. À juste titre, la porte-parole de Bruxelles Environnement fait remarquer que les enfants habitant en zone urbaine (et plus spécifiquement à Bruxelles) ne vivent que maximum un quart du temps dans les écoles. Et à l’extérieur de celles-ci, l’exposition aux gaz nocifs ne diminue pas. « L’expérience ExpAIR montrait par exemple que c’est dans les transports que l’on est le plus exposé à la pollution. Les enfants sont donc plus en danger dans la voiture de leurs parents que devant ou dans l’école. » De plus, si le diesel était la cible de l’étude, il ne faut pas oublier que l’essence, le chauffage au fuel et tous les carburants utilisés sont également nocifs. « La mesure de la qualité de l’air ne fait pas la différence entre l’origine de toutes ces substances », ajoute C.Bouland. Résultat? On estime aujourd’hui à 12.000 le nombre de décès prématurés en Belgique. Enfants comme adultes, chacun est donc concerné par la problématique. Il faut donc agir. Mais comment? « Pour limiter l’exposition aux abords des écoles, une idée serait d’instaurer des zones tampons. Ainsi les parents sont obligés de déposer leurs enfants bien avant l’école et de les accompagner à pied », explique C.Bouland. Selon elle, il est tout à fait possible que les communes imposent de telles mesures. Elles partagent en effet la compétence de la qualité de l’air avec les régions.

Tout serait également une question de comportement. « Les parents doivent savoir qu’accompagner son enfant à l’école à vélo, en tram ou à pied est meilleur pour sa santé mais aussi pour la santé des autres enfants puisque cela diminue la pollution de l’air », évoque N.Guilmin. Et, si ces nuisances pouvaient être endiguées par l’action pédagogique elle-même? Ne serait-ce pas la plus belle des victoires? « En Angleterre, on a demandé à des enfants de réaliser des vidéos afin de sensibiliser leurs parents à la pollution. » À méditer!