Serge pampfer: L’innovation médicale est chère mais la vie n’a pas de prix

Malgré les tentatives et les promesses de raccourcir le temps et le coût du développement d’un nouveau médicament, la progression de l’invention scientifique jusqu’à l’innovation médicale reste extrêmement fastidieuse.

Pour le chercheur et l’entrepreneur, l’époque actuelle offre une multitude d’opportunités pour transformer les nouvelles technologies et découvertes en approches innovantes afin de pouvoir s’attaquer aux maladies les plus récalcitrantes. En revanche, pour le médecin et le patient, la distance entre l’annonce d’une piste d’intervention « inédite » et son intégration effective est si grande, qu’elle reste encore aléatoire, voire illusoire, dans la pratique médicale. C’est un fait, l’adaptation au cycle d’émergence de l’innovation médicale continue de nécessiter des investissements faramineux en temps et en argent.

Ce cycle de développement est pourtant connu, depuis tellement longtemps, que son processus paraît immuable: après une phase de recherche fondamentale, l’idée ou la découverte doivent être testées dans des modèles expérimentaux au stade préclinique, soit en amont des tests chez l’humain. Ensuite viennent les essais cliniques sur un petit groupe de volontaires sains et ensuite sur des patients en nombre grandissant, pour les deuxièmes et troisièmes phases. Ce qui n’est alors qu’une hypothèse d’innovation potentielle se confronte ainsi aux exigences de sécurité et d’efficacité des autorités réglementaires.

Impossible, en effet, d’autoriser la mise sur le marché d’un nouveau traitement qui ferait plus de mal que de bien ou qui ne serait pas supérieur aux solutions existantes! L’importance des résultats est donc primordiale… C’est également sur base de ces derniers que se négocieront les scénarios de prescription et de remboursement par les systèmes de soins de santé.  Les chiffres associés à ce cycle sont impressionnants: de 13 à 18 ans de développement pour un investissement de 150 à 950 millions de dollars!

Pour le chercheur et l’entrepreneur, l’époque actuelle offre une multitude d’opportunités.

Le mérite de cette longue procédure est que ses différentes phases correspondent à des tranches de financement, et à des sauts de valeur économique, qui sont connus avec une certaine précision. Différentes classes d’investisseurs, comme les fonds d’amorçage, les business angels, les invests et les capitaux-risqueurs peuvent ainsi aisément se positionner le long de la chaîne de valeur dans une séquence qui correspond à leurs moyens financiers et à leurs attentes de plus-value respectives. L’importance des subsides publics, non dilutifs, en début de cycle est d’ailleurs, à ce point de vue, considérable.

Aussi, les montants significatifs des acquisitions de plusieurs entreprises biotech belges démontrent à quel point l’innovation médicale est valorisée dans le monde économique… Mais, n’est-ce pas logique, lorsque l’on se rappelle que la vie, la santé et le bien-être n’ont pas de prix?

Texte Serge Pampfer, Directeur général de WBC, l’incubateur wallon en innovation de la santé