En voilà, une idée!

À l’origine de toute start-up, une idée. Aussi originale ou innovante soit-elle, l’idée seule suffit-elle à mener l’entreprise vers la réussite? Trois fondateurs de start-up à succès nous font part de leur expertise et de leur expérience à ce sujet.

Sylvain NisetFondateur et Directeur général de Doctoranytime Belgium

Une idée originale suffit-elle à assurer le succès d’une start-up? Pourquoi?
« Absolument pas. Quand on parle d’idée, on parle d’intuition. On a l’impression d’avoir identifié un besoin, un problème que rencontrent souvent les gens autour de nous, ou auquel on est personnellement confronté. Dans le cas de Doctoranytime, le constat de départ était qu’il est difficile pour le patient de trouver un médecin et encore plus d’obtenir un rendez-vous rapidement. Les échanges avec les médecins nous ont permis de nous rendre compte de leur problématique, qui n’était pas tout à fait en ligne avec notre intuition première. Nous étions très orientés patients, pas assez médecins. L’idée originale est donc l’étincelle de départ mais elle va devoir évoluer au fil des rencontres avec le client pour, finalement, donner lieu à un projet qui répond aux besoins réels du marché. »

Quels sont les ingrédients clés nécessaires à la réussite d’une start-up?
« La remise en question constante de ce que l’on fait. La détermination aussi, car l’idée de départ est généralement assez floue et, lorsqu’on la confronte aux premiers clients, on reçoit souvent beaucoup d’avis négatifs. On se rend compte aussi que la quantité de choses à mettre en place est supérieure à ce qu’on avait imaginé au départ. Il faut donc s’accrocher et persévérer. Enfin, il faut savoir gérer ses ressources de manière intelligente car, par définition, une start-up n’a pas beaucoup de ressources. Et l’argent part vite. Il faut donc savoir mettre les priorités au bon endroit, au bon moment, pour que chaque euro dépensé ramène du revenu le plus rapidement possible et permette à la start-up de continuer à se développer. »

Comment faites-vous pour trouver l’équilibre entre votre créativité, votre expérience et tout l’aspect business?
« Tous les entrepreneurs ne sont pas créatifs. Moi, je ne suis pas spécialement un grand créatif. Par contre, il est important d’intégrer dans son équipe des gens qui le sont et qui vont proposer des idées innovantes. Au départ, l’idée de projet peut provenir de n’importe où. En s’inspirant de ce qui se fait à l’étranger par exemple. Ou via les remarques des clients. Le rôle de l’entrepreneur, du manager, est de canaliser toutes les idées en se posant les bonnes questions. Combien de personnes veulent que cette idée se concrétise et quel est l’avantage direct de cette idée pour la société, en termes de revenus? Chaque paramètre du projet doit être analysé pour voir dans quelle mesure il peut amener des bénéfices pour la société. »


Muriel BernardFondatrice et Administratrice déléguée d’eFarmz

Une idée originale suffit-elle à assurer le succès d’une start-up? Pourquoi?
« On peut avoir la meilleure idée de la Terre, si elle est mal exécutée, elle ne sert à rien. À l’inverse, on peut avoir une idée somme toute banale et arriver à super bien l’exécuter. Plus que l’idée, c’est la manière de l’exécuter qui importe. Il faut toujours vérifier qu’il y a, derrière elle, un marché et que le futur consommateur est intéressé. Quand on a lancé eFarmz en 2013, le bio était nettement moins accessible qu’aujourd’hui. Il fallait faire pas mal de boutiques pour trouver des produits frais bio et locaux. Depuis lors, le marché a changé mais avec l’expérience acquise, on a trouvé notre clientèle et on sait comment la satisfaire. La force, c’est de savoir se remettre en question à différents moments, sentir les tendances et s’adapter. »

Quels sont les ingrédients clés nécessaires à la réussite d’une start-up?
« Le plus important, c’est de tester assez vite auprès de sa cible le produit qu’on veut commercialiser. Ceci, pour s’assurer qu’il y a vraiment une demande, et pour vérifier le price point (le prix de vente) que le client est prêt à donner pour le produit. Il ne faut pas faire trop de développement avant d’avoir testé le marché. Le succès dépend aussi de la façon dont on développe le produit selon le rythme du marché. Il faut s’assurer que le produit est relativement scalable (adaptabilité du produit à la variabilité de la demande, ndlr.) et qu’il génère une rentabilité suffisante. Et puis, il faut vérifier combien coûte l’acquisition d’un nouveau client, le cash disponible pour acquérir les nouveaux clients, le temps qu’on va pouvoir tenir sans avoir de bénéfices… Il faut bien comprendre les chiffres. »

Comment faites-vous pour trouver l’équilibre entre votre créativité, votre expérience et tout l’aspect business?
« La créativité, je la vois partout. Avant de créer eFarmz, j’ai travaillé pendant 12 ans dans de grosses entreprises où j’avais un gros budget pour faire du marketing. Quand j’ai lancé ma boîte, j’avais zéro euro. Il faut être assez créatif pour arriver à faire avec peu. Tout entrepreneur a un côté créatif puisqu’il a envie de créer quelque chose en partant de rien. Mais il faut trouver un équilibre. Avant de se lancer, il faut établir un business plan et avoir une idée des finances disponibles derrière le projet. Ça peut être non lucratif et il faut voir comment l’association va fonctionner, ou un projet d’entreprise, et voir comment générer du profit ou se payer. Il est important de savoir valoriser le travail qu’on fait et le produit qu’on vend pour pouvoir en vivre. »


Thibaut DehemFondateur et Directeur général de 87 Seconds

Une idée originale suffit-elle à assurer le succès d’une start-up? Pourquoi?
« Les gens prennent souvent l’idée comme une excuse pour ne pas commencer quelque chose. Selon moi, les seuls qui arrivent vraiment avec une idée brillante ou révolutionnaire sont les techniciens qui travaillent depuis longtemps sur une technologie et qui, à un moment, font une découverte, recherchée ou fortuite. La start-up naît plus souvent de l’envie d’entreprendre quelque chose et, quand on met toute sa volonté et tout son cœur à l’ouvrage, on peut partir de presque n’importe quoi et le réinventer d’une manière ou d’une autre. Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais voir le produit sous un angle différent. En mettant plus l’accent sur le design, la simplicité, le business model ou les canaux de distribution par exemple. Partir de quelque chose d’existant pour le faire mieux. »

Quels sont les ingrédients clés nécessaires à la réussite d’une start-up?
« Beaucoup de gens ont des idées d’innovation hyper brillantes, avec un potentiel énorme, mais n’ont pas les guts (le courage) pour l’amener et en faire une entreprise. Il faut avoir un peu de cran, un peu de naïveté aussi. On a ouvert nos bureaux en France au bout d’un an, on est tombé sur la bonne personne. L’ouverture dans d’autres pays a été plus compliquée mais si on n’avait pas osé y aller dès le départ tête baissée, on ne l’aurait jamais fait. La notion d’appropriation d’idée, aussi, est essentielle. Je vois pas mal de boîtes qui tombent car une personne a une idée et s’associe un peu tard dans le process, laissant peu de place à l’autre pour influer sur l’idée et se l’approprier. Il est important de partager rapidement l’idée afin de la rêver ensemble. »

Comment faites-vous pour trouver l’équilibre entre votre créativité, votre expérience et tout l’aspect business?
« Il y a différentes formes de créativité. Nous, déjà, on travaille avec des créatifs. La créativité est importante, d’autant plus que c’est notre matière première. C’est elle qu’on offre à nos clients. Ce sont donc surtout nos employés qui en ont l’apanage et nous, on essaie d’avoir notre input en tant que chefs de projet, pour rééquilibrer et vérifier que le message du client est bien perçu. Là-dessus, notre rôle est donc plus business. La créativité a moins sa place au niveau de la structuration de l’entreprise. Par contre, dans tout ce qui concerne l’ouverture de nouveaux produits, de nouveaux marchés, la communication autour de l’entreprise…, il y a une grande part de créativité et c’est surtout à ce moment-là qu’on la laisse s’exprimer. »