Giulia Muir: Une réponse aux défis mondiaux

D’ici 2050, nous mangerons des insectes, c’est écrit. Les faits montrent une modification dans nos modes de vie et notre consommation alimentaire. Nous avons besoin d’un changement de comportement dans le secteur de l’agriculture comme au niveau des consommateurs. Comment le secteur agricole anticipe-t-il cette révolution?

En premier lieu, je voudrais insister sur un point, bien que je croie également que la consommation d’insectes va augmenter, je ne pense pas qu’il y ait de remède universel aux défis mondiaux que représentent l’insécurité alimentaire et nutritionnelle ou l’alimentation malsaine. Je crois qu’il est important de considérer les insectes comme des nutriments riches et durables, mais l’alimentation saine repose aussi sur la diversité, les insectes devront donc être mangés accompagnés de nombreuses autres sources nutritionnelles. En agriculture – et dans son sens le plus large – nous sommes susceptibles de connaître une croissance énorme de l’utilisation des insectes dans l’alimentation animale.

Je crois que les pays et les régions s’y préparent de différentes façons. L’Europe, par exemple, possède une des législations les plus avancées sur la question, laquelle autorise l’utilisation de protéines d’insectes dans la farine de poisson depuis le 1er juillet 2017, étant donné qu’elles répondent entièrement aux principes généraux de sécurité et d’hygiène. Le nouveau règlement de l’UE sur les « Nouveaux aliments » (Novel food) précise que les insectes et leurs parties sont actuellement sujets à une procédure d’approbation, depuis le 1er janvier 2018, préparant le terrain à un usage élargi des insectes dans l’alimentation au sein de l’Union européenne. De fait, il existe des pays comme la Thaïlande où l’élevage d’insectes pour la consommation humaine est une pratique établie depuis quelques décennies déjà. Ainsi, pour ce qui concerne la consommation d’insectes, ils ont pris de l’avance sur la majeure partie du monde, même si les directives sur l’élevage d’insectes viennent seulement d’être publiées cette année. On le voit, différents pays se préparent, et chacun à sa façon.

Les consommateurs sont plus concernés par les certifications environnementales.

Les consommateurs sont également de plus en plus concernés par l’éthique, la sécurité et les certifications environnementales des aliments, ils se rendent compte aussi de l’importance d’une nourriture saine… Je pense qu’il y a un intérêt grandissant pour les insectes en tant que source de protéines et de micronutriments parce qu’ils répondent positivement à ce type de préoccupation. Cependant, comme pour la plupart des aliments, le premier obstacle au déploiement de cette forme de consommation demeure l’aspect sécurité et hygiène, hormis le facteur « dégoût ».

Ainsi les consommateurs attendent des opérateurs qu’ils garantissent la bonne qualité des insectes. Pour qu’ils puissent le faire, les pays devront fournir un environnement adéquat. Ainsi, nous serons capables d’aborder les défis mondiaux actuels.

Texte Giulia Muir, Spécialiste en produits de la forêt non ligneux à la FAO