Jack Ma, le “Bill Gates chinois”, va débarquer en Belgique

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Alibaba, le géant chinois du commerce électronique fondé par Jack Ma, poursuit son essor. Chez nous y compris, puisque Liège va devenir son centre européen de distribution et de logistique, via AliExpress, la plateforme de vente en ligne du groupe.

Si, dans le langage courant, les sites américains Amazon et eBay sont devenus des références de la vente en ligne, AliExpress, le premier en Chine, voit sa notoriété grandir. Avec plus de 600 millions d’utilisateurs par an et des implantations récentes en Allemagne, en France, en Italie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, l’ambitieux géant va à présent s’étendre chez nous, puisque parmi les cinq nouvelles succursales logistiques (avec Dubaï, Hangzhou, Kuala Lumpur et Moscou) du groupe, Liège sera bientôt son centre européen. 100 villes mondiales sont d’ailleurs visées d’ici 2021, en vue de multiplier le nombre de clients par deux.

La désignation de la ville wallonne – plutôt qu’Anvers ou Bruxelles, d’abord citées – , est liée à son espace optimal à l’échelle continentale, qui bénéficie de la zone de Liège Airport, réputée pour sa flexibilité et sa qualité des services. L’espace sera bientôt complété par un vaste pôle de distribution, ouvert 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Qui à terme, créera un millier d’emplois. Une aubaine pour une ville qui, début d’année, a dû laisser filer aux Pays-Bas Zalando, leader de l’e-commerce allemand.

Si une entreprise ne songe qu’à générer des profits, elle va droit dans le mur.

Dans un monde économique plus concurrentiel que jamais, les atouts de la petite – mais dynamique – Belgique ressortent: une position géostratégique centrale idéale, des produits attractifs (bière, chocolat…), pour qui de nouvelles opportunités d’exportations vont naître, mais aussi, la proactivité du Roi Philippe. Celui-ci a provoqué au préalable quatre rencontres (en Belgique, en Chine et à Davos, lors de forums économiques mondiaux) avec Jack Ma. Ce Bill Gates chinois n’est autre que le président d’Alibaba qu’il a lui-même fondé en 1999, comme sa filiale AliExpress. Rien n’arrive par hasard…

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© Alibaba Group

C’est que derrière le mastodonte du commerce en ligne, se cache, avec 40 milliards de dollars, l’une des vingt plus grosses fortunes mondiales. Incontournable en Chine mais encore méconnu chez nous, Jack Ma est un homme d’affaires atypique. Issu d’un milieu modeste, fils d’un photographe et d’une ouvrière, cet autodidacte de 54 ans n’est ni un héritier ni un diplômé d’une école de prestige.

Révélé sur le tard après avoir collectionné les échecs, pas seulement scolaires, Jack Ma s’est vu recalé 10 (!) fois d’Harvard, refusé de l’école de police et même comme vendeur pour sa petite taille! Après 34 candidatures refusées sur… 34, il est devenu guide touristique, job qui lui a permis d’être pris sous l’aile d’une famille australienne. Professeur d’anglais ensuite, il échoue à nouveau en fondant une agence d’interprète. C’est en 1995, à Seattle, lors de son premier voyage aux États-Unis, où il découvre par hasard Internet alors à ses prémices, que se produira le déclic, à 31 ans: face à son premier clavier d’ordinateur et étonné de ne rien trouver sur la toile en tapant les mots… « bière » et « Chine », Ma le sent: « Cette invention va bouleverser l’homme, et tous les aspects de sa vie ».

Le monde a tout à nous offrir. Il s’agit de rester positif et croire en ses rêves.

De retour en Chine, notre visionnaire imagine un annuaire virtuel d’entreprises mais là encore, c’est l’échec. Trop tôt, sans doute. Loin d’être découragé, profitant de la sympathie qu’il dégage et de sa force de conviction, il parvient à emprunter 60.000 dollars à 18 amis pour fonder en 1999 Alibaba – un nom choisi pour être facilement prononcé dans toutes les langues -, un site qui a d’abord permis à des PME chinoises de poster des annonces gratuitement. Cette fois, c’est le boom: les banques Goldman Sachs et Softbank acceptent de l’aider, ce qui marquera le début d’une success story. Ma, assimilé physiquement à un mix entre E.T. et Popeye, étoffe son offre avec un site de vente en ligne pour les particuliers (Taoboa) et un système de paiement équivalent à Paypal (Alipay).

En s’inspirant des géants de la Silicon Valley (Amazon, eBay, Google…), Ma n’avait « plus qu’à » profiter du boulevard offert par l’ouverture économique chinoise, diversifiant plus tard ses activités. Il a ainsi investi dans le cinéma, la presse, les réseaux sociaux, le streaming vidéo ou le prêt-à-porter. Mais malgré un empire de plus en plus tentaculaire, Ma a su, depuis ses débuts, toujours rester fidèle à sa maxime: « Les clients en premier, les salariés en deuxième et les actionnaires en troisième. » Des paroles concrètes, Alibaba ayant permis aux Chinois, dès lors valorisés comme consommateurs, d’accéder à des produits inaccessibles pour eux jusqu’alors…

Mais Ma, pourtant jeune cinquantenaire, vient de l’annoncer: fin 2019, à l’instar de son mentor Gates, il se retirera, pour partager son temps entre des activités philanthropiques – encourageant d’ailleurs d’autres milliardaires à l’imiter –, à l’éducation et au tai-chi, son art martial fétiche. Un choix peu courant dans les affaires, mais réfléchi. « Alibaba aura alors 20 ans. Je suis assez bien placé pour savoir qu’aucune entreprise ne peut éternellement dépendre de ses fondateurs. Créer cette boîte a changé ma vie, mais son développement a été tel qu’il m’a amené de nombreux soucis », a ainsi déclaré celui qui restera là pour conseiller son groupe.

Conscient des enjeux mondiaux actuels, Ma, lors de ses apparitions publiques, évoque souvent l’environnement et la nécessité de lutter contre la pollution dans les grandes villes. Le bien-être au travail reste son éternel cheval de bataille. « Si une société ne songe qu’à ses profits, elle va dans le mur. Car elle doit d’abord être un endroit dans lequel les employés adhèrent à ses valeurs. Puis, ce doit être un lieu ouvert, transparent, où l’on peut se développer et où chacun s’entraide ».

Enfin, il a compris depuis bien longtemps que l’avenir de son secteur sera dominé par l’intelligence artificielle: près de Shanghai, Alibaba teste en ce moment un entrepôt – avec bureaux et magasins – quasi entièrement automatisé, doté d’un centre de fabrication équipé de bras robotiques pour les commandes et l’emballage, ainsi que 500 véhicules autoguidés, de capteurs infrarouges et de caméras, capables de calculer la capacité de stockage en temps réel. Le futur est en marche…

SMART FACT.

Comme modèle, Jack Ma a… Forrest Gump!
Pourquoi? « Parce que c’est un homme peu intelligent mais obstiné, peu talentueux mais bosseur, simple et pragmatique. Et puis, être constamment rejeté n’est pas un drame. Le monde a tout à nous offrir. Cela dépend juste de la vision qu’on a de lui et de notre envie d’en saisir ses opportunités, en restant positif et en croyant toujours à ses rêves. Car ils peuvent un jour devenir réalité. »