Sur la route numérique avec votre enfant

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Quand on voit le temps que les jeunes, voire les très jeunes, passent devant un écran, il y a de quoi s’inquiéter pour tout parent normalement constitué. Mais, et pour faire le tri entre rumeurs, approximations et vrais conseils, nous avons donné la parole à trois connaisseurs de l’enfance.

Véronique Grilli, Directrice Marketing de La Ligue des Familles

De nombreux jeunes passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, faut-il s’en inquiéter?
« Oui. Du moins, si on ne regarde pas ce qu’ils font. La première question que les parents se posent souvent est celle du temps de jeu vidéo de leurs enfants. Mais peu savent réellement ce que font leurs enfants face à l’écran. Pour nous, tout est ici question d’éducation et de dialogue. S’intéresser à ce qu’ils font reste le meilleur moyen d’installer une confiance réciproque entre parents et enfants. Par ailleurs, les parents doivent aussi se souvenir de leurs propres pratiques étant jeunes. Parfois, vu selon une simple mesure de durée, le temps passé sur un écran n’est pas différent du temps que passaient les parents au téléphone. Sauf que les réseaux sociaux comportent plus de risques, de mauvaises rencontres et autres. Et là aussi, il faut se montrer très vigilant. »

Les applications peuvent-elles accroître ou réduire leur potentiel éducatif?
« Une application peut bien entendu accroître le potentiel éducatif, même si la démarche du jeune qui l’utilise ne vise pas l’apprentissage en priorité. En fait, le “conseiller” d’une application est aussi important que l’application elle-même. D’où la nécessité d’instaurer un climat de confiance et de crédibilité entre parents et enfant, pour que ce dernier suive plus volontiers leurs conseils en matière d’applications à utiliser. Par ailleurs, avant de pointer une application du doigt, les parents doivent aussi penser à leur propre usage des technologies. Si vous passez des heures à jouer à Candy Crush, dont le potentiel d’apprentissage est plus que limité, vous êtes forcément mal placé pour faire la leçon à vos enfants. »

Comment gérer le temps passé par les enfants devant l’écran? Faut-il limiter ces temps d’écran?
« Il est difficile, voire impossible, d’interdire, passé un certain âge. Surtout quand il y a plusieurs enfants d’âges différents au sein d’un même foyer. Où la situation peut rapidement virer au casse-tête. Quant à nous, nous conseillons aucun écran “non accompagné” avant 12 ans, et si possible pas d’écran du tout avant 3 ans. Avec une application souple de cette règle. En résumé, nous plaidons surtout pour un usage raisonnable et raisonné des écrans. Par contre, même si un jeune enfant ou ado passe beaucoup de temps sur des écrans, nous refusons d’appeler ce phénomène une “addiction”, car ce terme recoupe des réalités, notamment liées aux drogues, qui sont hors de proportion. »

Jacques Lombet, Conseiller-Pédiatre au sein de l’ONE (Office National de l’Enfance)

De nombreux jeunes passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, faut-il s’en inquiéter?
« Oui, mais pas trop, en fait! Car il ne faut pas oublier, par exemple, que pour les ados, l’écran constitue surtout une manière de rester en contact avec les amis. En ce sens, les réseaux sociaux sont un prolongement du monde naturel. Et, quand il refera beau, l’adolescent qui parlait virtuellement avec ses amis pendant l’hiver, ira peut-être les revoir “en vrai”, au grand air. À mon âge, on téléphonait (rires). Les habitudes changent, il faut s’y faire. Qu’on le veuille ou non, à 13 ou 14 ans, les écrans font pleinement partie de la vie. »

Les applications peuvent-elles accroître ou réduire leur potentiel éducatif?
« La question est importante, car toutes les applications ne sont pas à jeter, bien entendu. Même un “simple” jeu peut, lui aussi, apporter des choses importantes. Au niveau de la motricité et de la coordination, par exemple. Par contre, certains réflexes sont essentiels dans la relation entre écrans et apprentissage. Par exemple, il ne faut jamais laisser la télévision allumée dans un coin de la pièce pendant que l’on est à table. Car, comme on la regarde, même distraitement, cela provoque un déficit de communication, et donc moins d’apprentissage. Puisque, tout simplement, l’enfant entend moins de mots. Après, quand un enfant passe trop de temps sur une application “qui n’apprend pas grand-chose”, il faut aussi analyser la manière dont fonctionne la famille. Car cela indique peut-être un problème à ce niveau-là. »

Comment gérer le temps passé par les enfants devant l’écran? Faut-il limiter ces temps d’écran?
« Tout d’abord, il est important de dire que, quel que soit l’âge, un maximum de ce que regarde l’enfant doit être accompagné d’une démarche explicative de la part des parents. Après, des recherches ont montré qu’exposer un enfant de moins de 2 ans à un écran ne lui apportait rien. Il perd donc du temps vis-à-vis d’autres activités qui, elles, pourraient vraiment le faire s’épanouir. Et lui faire découvrir d’autres choses. Bref, j’essaie toujours d’expliquer aux parents qu’il est bénéfique de jouer avec leurs enfants. Mais il faut bien entendu rester dans les limites du réalisable. Du type de famille, de l’espace disponible, et de l’agenda des uns et des autres… Après 2 ans, il faut, je le répète, toujours essayer d’accompagner l’enfant dans ses pratiques sur écran. C’est autant une question de savoir ce qu’ils font sur écran que de partage entre générations. »

 

Claire-Anne Sevrin, Coordinatrice de Yapaka, à l’initiative du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles

De nombreux jeunes passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, faut-il s’en inquiéter?
« L’essentiel est surtout de garder du lien. Si la pratique du réseau social est une activité comme une autre, au même titre que faire un sport, ou aller aux scouts, bref si elle cohabite avec d’autres centres d’intérêt, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Car la communication, par ce moyen ou un autre, favorise l’estime de soi et la sociabilité. Ce qui est essentiel. Mais donc, la question du lien est centrale et essentielle. Autrement dit: les parents doivent s’intéresser à cette activité, tout comme ils s’intéressent aux autres activités de leurs enfants. Il ne faut pas être un spécialiste de la technologie pour discuter de la manière dont un jeune aborde les réseaux sociaux ou les écrans. »

Les applications peuvent-elles accroître ou réduire leur potentiel éducatif?
« Là, on touche aussi au secteur de l’éducation aux médias, c’est-à-dire permettre au jeune d’analyser et de décoder ce qu’il regarde, lui expliquer que le “vlog” (video blog, ndlr.) d’une célèbre Youtubeuse peut aussi être une opération uniquement publicitaire. Après, il existe des applis éducatives, dont l’apport d’apprentissage ne se discute pas, surtout quand il permet d’apprendre dans un environnement graphique qui éveillera d’autant plus l’attention de l’enfant! Par ailleurs, il existe aussi une myriade de bonnes applications dans le secteur des loisirs, comme le dessin, la photo, la musique et bien d’autres! Enfin, même des jeux vidéo de tir développent les réflexes et l’acuité visuelle. »

Comment gérer le temps passé par les enfants devant l’écran? Faut-il limiter ces temps d’écran?
« Nous fonctionnons selon la règle des “3-6-9-12”, adaptée, bien entendu, en fonction de chaque enfant. En résumé: un enfant de moins de 3 ans n’a rien à gagner face à un écran. Puis, nous conseillons de ne pas posséder de console de jeu personnelle avant 6 ans, pas d’internet avant 9 ans, et pas de médias sociaux avant 12 ans. Pour cette dernière consigne, la comparaison que nous utilisons souvent est assez simple: vous ne lâchez pas votre enfant seul dans la rue, sans qu’il connaisse son chemin et le code de la route. C’est la même chose sur les réseaux. Il faut procéder de la même manière… Avant de pratiquer le social sur le Net, l’enfant doit d’abord savoir comment fonctionnent les relations humaines dans la “vraie” vie. C’est essentiel pour son équilibre et sa sécurité. »